Ma construction d'adolescente devait passer par ce fait : quitter la Martinique. Quitter ma maison, quitter mes parents, quitter Loupette, ma chienne que je n'ai jamais oubliée. Les amis, ce n'était guère grande affaire.
J'avais 12 ans, et je m'étais sentie abandonnée. Le 11 août 1970, papa et maman m'avaient emmenée à l'aéroport. Une semaine avant, j'avais appris que je devais partir pour Paris — et ce que j'en connaissais, c'était les cartes postales.
Il devait être 18h30. À tour de rôle, papa Ferdinand, maman Berthe m'ont serrée dans leurs bras. Il me semble quelquefois que ce devaient être leurs dernières étreintes. Cela se confirma pendant de longues années, du fait de la séparation, de la rupture. Depuis cette date fatale, je n'ai plus jamais revu mes deux parents ensemble.
La nuit avait jeté son manteau sur l'aéroport, pas encore international, pas encore baptisé du nom du Chantre de la Négritude, Aimé Césaire. Ce nom m'était pourtant familier : j'avais simplement vu le jour au Quartier Césaire.
Je prenais l'avion pour la première fois. Un énorme oiseau de fer qui, peu de temps après, se posait sur l'île sœur, le papillon guadeloupéen, dont j'ignorais à peu près l'existence. Quelques heures nocturnes passées avec cette affreuse sacoche blanche suspendue au cou, que j'ai gardée pendant des années — et je me suis sentie seule, abandonnée. Longtemps, j'ai détesté l'aéroport du Raizet. C'était probablement lié à ce souvenir d'enfance.
Période Paris
Faire ses classes à Paris quand rien ne vous y destine, c'est d'abord apprendre à se faire une place. Et au fur et à mesure des rencontres, de la maturité, on apprend à se connaître, à savoir d'où l'on vient.
Curieuse et avide de connaissances nouvelles, je m'intéresse à tout. C'est ce regard, et les mains, posé sur les choses, sur les gens, qui fait qu'on me remarque. Antillaise ou Parisienne, on retrouve les deux en moi, bien ancrés, solides et indissociables, comme souvent chez les déracinés.
Enfant du BUMIDOM, comme j'aime à le dire, j'ai un intérêt marqué pour tout ce qui est expression de culture antillaise, ici et ailleurs, quel qu'en soit le domaine avec un penchant particulier pour la musique et la danse, que j'ai d'ailleurs pratiquées plus jeune.
Cet amour et ce manque de mon pays trouvent des voies salvatrices. Les gens de « chez nous » qui réussissent en France ou ailleurs me donnent envie d'écrire leur talent, d'exposer notre savoir-faire. Sensible, admirative et fière, je prête ma plume à des éditions parisiennes et du web — des reportages écrits que je complète avec des photos. J'approche les chanteurs, les comédiens, les politiques, les sportifs… avec la même simplicité qui fait qu'on m'accepte et qu'on m'invite.
Une récompense, un décès, une victoire, un fait divers, un concert… je narre tout avec la conscience de nous. La conscience de nous dans le monde.
Mon emploi de bibliothécaire me permet de rester au plus près de ce que j'aime : la connaissance. Dans ce lieu de savoir et de mémoire, j'installe ma première exposition photo Figures et Terres des Antilles en décembre 2013, puis à la Maison de Martinique-Paris. C'est le succès de cette vitrine qui me permet de venir la présenter en mars 2015 à la Martinique, chez moi.
J'y raconte l'amour et le respect que j'ai pour les gens de ma région, de Martinique, de Guadeloupe, d'Haïti et des nôtres installés en pays étrangers. Un voyage dans l'intimité que j'ai avec mes sujets. Ils sont souvent des proches ou des amis, et cela donne à mes récits une saveur particulière.
À travers mes combats, mes rencontres, mes valeurs et ma vision du monde, mon leitmotiv est d'offrir sans trahir, dévoiler tout en protégeant — et garder cette singulière patte, mix d'humour et de sens profond, de beauté et d'originalité.
J'ai su conter, danser. J'écris, je photographie. Femme de scènes multiples, je lève le voile sur notre monde.
Le Bonheur 1999
Après les doutes, les nuits sans sommeil, les amours perdus, voici la question qui reste. Simple, enfantine, essentielle. Le bonheur, c'est quoi au fond ?
Rêver 1990
J'ai longtemps rêvé d'un amour qui me prendrait pour toujours. Ces vers sont nés d'une nuit sans sommeil, les larmes sur l'oreiller, et pourtant, ils finissent sur l'espoir.
Naissance d'un amour 1990
L'amour ne s'annonce pas. Il s'installe doucement, presque à notre insu, par habitude, par regard, par conformité. Ce poème dit cette vérité-là, simple et universelle.
Défaite 1998
Il y a des combats qu'on perd d'avance parce qu'on aime trop. Ce poème, je l'ai écrit pour moi, pour celle que j'étais, trop sensible pour faire semblant.
L' Aumône - À Patricia Procida - 1997
Certaines amitiés nous apprennent ce que l'amour ne devrait jamais être. Ce poème est né d'une évidence, celle qu'on ne tend pas la main pour recevoir des miettes.
Entre-temps … Intense !
Certains êtres traversent votre vie et y laissent une empreinte indélébile. Tony Boumba était de ceux-là. Ce texte est né du besoin de dire, parce que certains départs méritent plus que le silence.
Aujourd'hui je divague 1988
J'avais vingt-neuf ans. Paris m'avait appris la solitude mais aussi la résistance. Ces mots sont sortis d'un cahier que je croyais perdu, retrouvé pendant le confinement de 2020, comme une lettre que je m'étais écrite à moi-même.
Le pouvoir de ne pas vouloir 1996
Huit ans plus tard. Les mots sont devenus plus fragmentés, plus intérieurs. Comme si la vie m'avait appris à dire moins pour ressentir plus.
Moi Enfant du BUMIDOM
Ma construction d'adolescente devait passer par ce fait : quitter la Martinique. Quitter ma maison, quitter mes parents, quitter Loupette, ma chienne que je n'ai jamais oubliée. Les amis, ce n'était guère grande affaire.
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