Et Papa Yaya, justement, ne manque pas de matière ! Une légende guadeloupéenne au caractère bien trempé, avec une pédagogie à lui, et surtout ce parler créole qui pouvait être d'une franchise… disons, sans filtre ! Et puis il y a Yohann Pisiou. Comédien guadeloupéen formé à l'ERAC de Cannes, il donne ici corps et voix à Gérard Lauriette.
Et quelle incarnation !
Yohann Pisiou ne se contente pas de jouer Papa Yaya, l lui prête son corps, ses silences, ses colères, ses travers et cette manière bien particulière d'occuper l'espace. À certains moments, la frontière entre le comédien et le personnage devient presque imperceptible. Même ce fameux mauvais caractère, parfois franchement gratiné, semble avoir trouvé son propriétaire !
J'ai également aimé le parti pris visuel de Franck Salin, IA à bon escient. La technologie, et notamment l'intelligence artificielle, entre ici au service de la création sans jamais prétendre remplacer la mémoire. Franck ne s'en cache pas, il s'en sert pour réinventer certaines images d'antan, les prolonger, leur donner une autre vie et faire dialoguer les traces du passé avec notre regard d'aujourd'hui.
C'est une démarche intéressante, parce qu'elle pose aussi une question, comment raconter une mémoire ancienne avec les outils de notre temps, sans la dénaturer ? Ici, l'image devient un espace de réinterprétation, entre archives, imagination et théâtre.
La scénographie par Franck Salin et Bertyl Lernoud, les lumières de Jean-Pierre Nepost, et la création vidéo et sonore de Patrice Banaïas participent pleinement à cette traversée.
Et puis la chorégraphie vient donner du mouvement à cette mémoire. La danse imaginée par Max Diakok ne fait pas tapisserie, elle entre dans le récit, elle respire avec lui, elle contribue à faire sortir Papa Yaya de la simple photographie ancienne pour le ramener parmi nous.
J'ai aimé cette plongée dans cette « belle foire guadeloupéenne », avec ses personnages, ses excès, son humour, son créole, ses contradictions et cette humanité qui nous rappelle que nos histoires antillaises sont tout sauf sages et bien rangées.
Alors oui, allez voir cette pièce. Parce qu'une mémoire qui reste dans les archives finit par dormir. Et Frankito a dépoussiéré les archives de Paris, en y retrouvant les propres écrits de Missié Gérard Lauriette.
Un fragment de vie de Papa-Yaya marqueur de mots, citoyen militant qui a fréquenté le GONG, mis en détention un temps à la Prison de la Santé. Evadé de Paname, revenu à Pointe-à-Pitre, ré-incarcéré , jugé et enfin libéré. Et quelques temps plus tard devenu Maire de Capesterre.
Une mémoire que l'on porte au théâtre, elle, se lève, parle, gesticule, nous dérange parfois et vient s'asseoir juste devant nous.
Et Papa Yaya, croyez-moi, il n'a pas l'intention de rester assis bien tranquillement.
Merci, Frankito, pour ce travail de recherche, cette fouille minutieuse et cette manière de nous rappeler que notre patrimoine n'est pas une pièce de musée.
Péyi nou ja palé. Alò fò nou koutéw !
Photos-DR Migail Montlouis-Félicité - Photos DR Collection Papa-Yaya/Franck Salin
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Commentaires
Merci pour ce bel article. Le parcours et les mots de Papa Yaya résonnent de manière singulière encore aujourd’hui. Pawòl a gran nonm-la toujou a jou!