Trente ans de scène, de cinéma, de mots et de couleurs. Ce soir-là, au Delaville Café, derrière le rideau rouge du 34 boulevard de Bonne-Nouvelle, l’actrice qu’on surnomme « l’autre Gabin » a soufflé trois décennies de carrière. Portrait d’une femme qui n’a jamais choisi entre ses différentes vies, comédienne, peintre, auteure, chroniqueuse télé et radio, chanteuse et qui continue, envers et contre tout, de nous surprendre.
Mata n’a pas seulement traversé le cinéma. Elle en a aussi interrogé les miroirs. En 2018, elle rejoignait quinze autres comédiennes autour d’Aïssa Maïga pour le livre collectif Noire n’est pas mon métier (Seuil), puis monte avec elles les marches de Cannes. Mata est là. Pas simplement comme comédienne. Comme femme, artiste et citoyenne. Mata, l’autre Gabin dixit le journaliste Willy Gassion pour Kankan.info. Mais surtout Mata que l'on a souvent comparée physiquement à Angela Bassett. Mata n’a pas besoin d’être le double de personne. Mata est Mata. Sa beauté ne se résume pas à un visage. Elle se reflète dans ses yeux. Dans son rire. Dans ses éclats de rire. Dans sa façon de regarder les autres. Dans cette parole directe, sans fioritures, qui ne cherche pas toujours à arrondir les angles. Mata dit ce qu’elle pense. Et régulièrement, elle agit en conséquence. Elle peut être drôle, piquante, tendre, entière. Elle est surtout fidèle. Une fantastique amie.
Une amie comme on en rencontre peu. Celle que l’on peut regarder faire rire toute une salle et retrouver quelques instants plus tard dans une conversation intime. Celle qui peut vous faire rire avec ses mots et vous toucher avec un simple regard. Celle qui, ce soir-là, s’est offerte à nous avec une émotion presque désarmée.
Trente ans ! Et maintenant ?
Je te souhaite de continuer à franchir les hauteurs. Que le théâtre continue de t’ouvrir ses portes. Que le cinéma, qui boude encore parfois certains de ses propres talents, sache venir chercher ce que la scène a déjà compris. Ton charisme, ton insolence parfois, ta présence tou boneman, ton humour, ta singularité absolument. Et il te faut des rôles à ta hauteur, et de tout ce que tu portes. Si les scénaristes pouvaient t'écrire des personnages qui n'auraient plus de couleur mais tout ton talent. En fait des histoires qui aient besoin de ton regard.
Continue à peindre, d'écrire, j'aime tant te lire. Continue encore de chanter de nous enchanter. Continue ma chère de nous faire rire en improvisant à partir de n'importe quelle situation comme ce jour de tes 30 ans de carrière. Tu dois en faire un sketch ahahahah.
Continue comme tu le fais si telman de nous surprendre.
Parce que trente ans après tes premiers pas sur une scène parisienne, tu ne donnes pas le sentiment d’avoir fait le tour de ta vie artistique.
Tu donnes plutôt celui d’avoir encore quelques mondes à nous ouvrir. Et peut-être est-ce cela, finalement, ton plus beau métissage, n'avoir jamais choisi entre tes différentes vies. Tu les as laissé se rencontrer, se mixer, se répondre, s'interroger mais danser ensemble. Mèsi et merci.
Ce soir-là, derrière le rideau rouge du 34 boulevard de Bonne-Nouvelle, jour pour jour, tu nous as offert un peu de chacune d’elles. Et moi, je suis repartie, comme à chaque fois avec toi, avec cette sensation douce que l’on éprouve lorsque l’on vient de partager un moment rare avec quelqu’un que l’on aime. Parce qu’au bout de trente années de scène, de cinéma, de mots, de musique et de couleurs, ce que je célèbre aujourd’hui n’est pas seulement l’artiste que tu es devenue. Mon écriture ici te salue et tente de t'honorer. Je célèbre aussi la femme que j'ai eu la chance de rencontrer. Celle qui me fait rire quand je m'y attend le moins. Celle avec qui j'ai pu faire des kilomètres en voiture entre Paris et Avignon sans m'ennuyer une minute. Celle qui m'émeut, qui doute parfois, mais qui recommence toujours.
Et dans ce monde où l’on applaudit parfois les artistes sans vraiment les regarder, moi, là, je voulais simplement te dire, depuis des années Mata, je te vois. Ma soeur de coeur. Et je m'associe à tous ceux qui t'aiment pour te signifier Bon Anniversaire des trente années à sillonner plaines et monts, scènes et coulisses, en auto avion métro cyclo ou train et même à pieds, pour dire les mots des autres, les tiens, les nôtres.
Et que la suite soit encore plus grande que tout ce que tu as déjà imaginé.
Copyright - collection Mata Gabin & Migail Montlouis-Félicité
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