Deux jours avec Maryse, une vie en héritage

 

Il existe des événements qui se distinguent par leur singularité. Ceux où l'on n'est pas simplement convié, mais véritablement accueilli au sein d'une communauté de pensée, de cœur et de mémoire.

Les 24 et 25 juillet derniers... Ces deux journées consacrées à Maryse Condé, au Parc Floral de Vincennes, demeureront gravées dans ma mémoire

Maryse n’était pas seulement une immense écrivaine. Elle était un leitmotiv de mon esprit, une présence intérieure, une femme qui m’accompagnait bien avant que je puisse imaginer lui rendre hommage un jour.

 

Quel privilège d’avoir partagé ces instants avec son époux Richard Philcox, ses filles Leïla Aïcha et Sylvie, ses petites-filles, ses arrière-petits-enfants, ses amis les plus proches, celles et ceux qui ont marché à ses côtés. J’avais le sentiment d’être an mitan an tchè lanmou, au cœur même de l’amour, où chacun apportait sa note pour célébrer la femme, l’écrivaine, la philosophe, mais surtout l’amie.

Maryse était aussi, je le sais, une cuisinière hors pair. J’aime imaginer que ses romans étaient comme ses plats : des recettes longuement mijotées où se mêlaient l’Histoire, les épices de la mémoire, les douleurs de l’exil, les parfums de la Caraïbe et de l’Afrique, les silences des femmes, les résistances des peuples. Elle écrivait comme elle cuisinait : avec générosité, patience et une liberté absolue.

J’ai eu la joie de présenter La musique dans ma tête quand je lis Maryse Condé, cette bande-son intime qui accompagne chacun de ses livres dans mon imaginaire. Le lendemain, j’ai eu l’immense bonheur de représenter mes deux amies, Firmine Richard et Simone Paulin, si chères à Maryse, pour raconter la genèse de La Faute à la vie, cette pièce magnifique qu’elle avait écrite spécialement pour elles. Un moment suspendu, tissé d’affection, de fidélité et de gratitude. Et puis il y a ces rencontres qui donnent un sens à toute une existence. Lorsque votre route a croisé celles de Toto Bissainthe, Joby Valente, Mimi Barthélémy, Miriam Makeba, Toni Morrison, Angela Davis, Jenny Alpha, Nina Simone, et tant d’autres grandes consciences de notre monde, vous comprenez que la vie vous a confié un héritage. Ces trésors ne prennent toute leur valeur qu’avec le temps.

Je ressors de ces deux journées plus riche humainement, intellectuellement et spirituellement.

Mais surtout, je ressors plus pleine de Maryse.

Comme si chacun avait déposé un éclat de sa lumière dans mon cœur.

Maryse Condé écrivait : « La parole est la seule arme que les faibles possèdent contre loubli. »

Alors continuons à la lire. À la transmettre. À la faire entendre. À la faire aimer.

Car les grands écrivains ne meurent jamais vraiment.

Ils continuent de nous parler à voix basse entre les pages.

Merci Man Condé ! Mèsi la Vie !

Photos - Migail Montlouis-Félicité

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