Cinq ans après, le silence joue encore sa guitare.
Et je transformes les toutes premières lignes ainsi :
Le jour d’après…
Il est des lendemains qui ne succèdent pas à un jour. Ils ouvrent un autre temps.
Au lendemain des funérailles de Jacob Desvarieux, chaque matin, la mer semblait retenir son souffle, comme si elle aussi refusait de croire à son absence.
C’est là, le 5 aout 2021 que j’ai compris que cette lettre ne pouvait être écrite nulle part ailleurs.
Guadeloupe - Gosier !
Pasé an ti tan avèw.
Jodi la... 30 juillet 2026
Parce qu'il y a une voix qui m'a ramenée à toi.
Parce qu’il y a des êtres qui ne meurent jamais tout à fait.
Ils deviennent une lumière dans le paysage intérieur de ceux qui les ont aimés.
Et la toute fin, je la rendrais encore plus ample :
Et j'écrirai ton nom.
Jacob Desvarieux !
Il aura suffi d’une voix.
Celle de Jocelyne Béroard.
Une chanson... Ou lé !
"Lè ou vwè nou ké rivé
Si la linn météy ka kléré"
Cette voix qui l'a accompagné plus de quarante ans.
"Nou ké konprann a pa vré
É nou ké kwè ka révé"
Une voix familière pour que le temps s’efface soudain.
Et des notes qui s'assemblent...
"Ou la, ou lé, ou la, ou lé
Mi aprézan nou rivé
Rèv'an nou réalité"
En une seconde, Jacob presque palpable. Non pas comme un souvenir figé, mais comme une présence intacte. Sa stature, tout est remonté à la surface avec une précision bouleversante.
Il paraît que le temps apaise. Je crois plutôt qu’il apprend à dissimuler les absences. Il suffit pourtant d’un mot, d’une musique, d’un timbre de voix pour que le cœur retrouve exactement le chemin de ceux qui l’ont habité.
Cinq ans après, il dit encore des miens.
Et nous continuons, nous aussi, à dire de lui.
Quelques mots, quelques inflexions, et le temps s’est replié sur lui-même. En un instant, Jacob était de nouveau là.
Sa guitare, son rire, sa haute silhouette, son regard tendre et malicieux… Rien ne s’était effacé.
On dit que les absences s’apprivoisent. Je crois plutôt qu’elles sommeillent jusqu’à ce qu’une voix aimée les réveille.
La voix de Jocelyne ne m’a pas seulement ramenée à Jacob. Elle m’a ramenée à nous.
À ces moments où la musique est plus qu’un langage : elle est une famille, une mémoire vivante, une manière de dire « il dit des miens ».
Cinq ans ont passé.
Et pourtant, il suffit encore d’une voix pour que son âme recommence à jouer.
Mèsi YO !
Photos - Migail Montlouis-Félicité
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