OJAM, Parcoursup, Mai 68, LKP, Vie Chère - Hexagone et nos Outremer, une question qui traverse les générations, celle de la dignité.
Quand l'histoire nous interpelle ! En même temps que je lis Pont Gueydon, tandis que Marie-José Alie évoque les 18 de l’OJAM, l’Organisation de la jeunesse anticolonialiste de la Martinique, je regarde aussi l’actualité et, je prends la plume. Ce qui m’interpelle n’est pas seulement l’histoire de ces jeunes Martiniquais et de leur engagement, c’est ce qu’elle vient questionner dans notre présent. J’entends d'une chaine d'information continue les discours qui opposent les plus riches à une jeunesse démunie, qui peine à trouver sa place, à se former, à travailler et à se loger. Je vois les alertes répétées sur la vie chère et les inégalités, tandis que les réponses du gouvernement sont souvent jugées insuffisantes par celles et ceux qui attendent des changements concrets.
Combien de fois faudra-t-il tirer la sonnette d’alarme pour que la parole des populations soit réellement entendue ? Evidemment, je ne confonds pas les combats de l’OJAM avec ceux d’aujourd’hui. Les contextes diffèrents, mais tout de même une question traverse les générations, que fait-on d’une jeunesse qui réclame sa place et d’un peuple qui demande à vivre dignement ? Vous connaissez mon rapport à la Mémoire... Se souvenir ne suffit pas. Il faut aussi interroger le présent, examiner les responsabilités et mesurer les résultats.
D'abord Parcoursup ? Quand l'avenir commence par l'inquiétude. Parce que pour beaucoup de jeunes, l’entrée dans la vie adulte ressemble à une course d’obstacles. Choisir une orientation, remplir des dossiers, attendre une réponse, essuyer quelquefois un refus, tout cela peut peser lourd lorsque l’horizon paraît déjà incertain. Mais derrière Parcoursup, il y a des jeunes, des familles et des espoirs fêlés. Et tou boneman, comment demander à un adolescent de construire sereinement son destin lorsque les possibilités d’études dépendent aussi de ses ressources, de son lieu de résidence, de son environnement familial et maintenant presque les réseaux sociaux ? Tous les parcours ne sont pas linéaires. À mon sens, on devrait pouvoir se tromper, puis bifurquer et parfois découvrir plus tardivement sa vocation. Encore faudrait-il que la société permette ces détours ? Finalement il y a l’égalité des chances qui n'est pas qu' une formule, qui sont des faits, définitivement l’origine sociale détermine encore une part des possibilités offertes à chacun comme depuis des siècles.
J'interpelle donc sur l'École, les Maîtres, l'Éducation qui nous reste. Je pense à Marcel Pagnol, à Joseph Zobel et à La Rue Cases-Nègres. Ces histoires nous rappellent qu’un livre, une école ou un enseignant peuvent ouvrir des portes et déplacer le destin d’un enfant. À 67 ans, je garde en mémoire des enseignants qui m’ont appris bien davantage qu’une leçon. Ils savaient encourager, reprendre, expliquer et nous pousser à aller plus loin.
Ils étaient humains, et non des algorithmes éphémères.L’intelligence artificielle peut aider à apprendre et à accéder aux connaissances. Mais elle ne doit pas nous dispenser de lire, de réfléchir, de vérifier et de faire l’effort de comprendre. L’école de demain aura besoin de technologies, certes, mais aussi de livres, de bibliothèques, de professeurs et de relations humaines. Apprendre, ce n’est pas accumuler des données, c’est former son jugement et apprendre à vivre avec les autres.
Je repense encore à cette formule d’Aimé Césaire que je garde en mémoire depuis l’émission Apostrophes : « Pour qu’il y ait des seconds, il faut des premiers. » Nous aimons parfois célébrer la nouveauté en oubliant ceux qui ont ouvert la voie. Pourtant, reconnaître les premiers ne signifie pas leur donner raison sur tout. Cela signifie savoir d’où nous venons. La Négritude, la Créolité et les courants intellectuels qui ont accompagné les combats de nos peuples appartiennent à une histoire vivante, faite de débats et de remises en question.
De Mai 68 aux Gilets Jaunes, la Colère a d'autres visages, mais pas tant ! Entreagriculteurs, employés, et étudiants comme élèves en colère, que doit-on en comprendre ? En effet, Mai 68 ne fut pas seulement une révolte étudiante. Le mouvement a mobilisé travailleurs, syndicats et étudiants autour des conditions de travail, des rapports d’autorité et des transformations de la société. Des décennies plus tard, les Gilets jaunes ont notamment exprimé la colère de personnes qui ne parvenaient plus à vivre dignement de leur travail et se sentaient éloignées des décisions politiques. Certainement, les contextes ne sont pas identiques. Mais une question demeure, que se passe-t-il lorsque des populations ont le sentiment de ne plus être entendues ? La COLÈRE révèle entièrement des injustices et des difficultés longtemps minimisées.
Après ces manifestations chaotiques, il faut donc regarder les engagements pris, les décisions appliquées et les résultats obtenus. C’est là que commence le véritable bilan.
À me souvenir donc, l'Outremer et la Vie Chère ne fut pas simplement une question de Caddie. Le coût de l’alimentation, du logement, des déplacements et de l’énergie pèse lourdement sur les budgets ultramarins. Les jeunes qui doivent quitter leur territoire pour étudier affrontent aussi le prix du transport, du logement et l’éloignement familial. Chaque territoire a ses particularités. Mais les mobilisations en Martinique, en Guadeloupe et en Guyane ont mis en lumière des préoccupations communes, l'inégalité et alors l'hexagone s'en est aussi emparé.
.Alors que l'on dénonce l'aide à la guerre hors territoire français, cela permet le constat du qui fixe les prix ? Qui réalise les marges ? Quelles mesures allègent réellement le budget des ménages ? Et comment mieux aider notre Jeunesse en alerte.
Du LKP au Mouvement contre la Vie Chère. En Guadeloupe, le LKP (Liyannaj Kont Pwofitasyon), en 2009, puis la mobilisation martiniquaise de la même année, portée notamment par le Collectif du 5 février, ont exprimé une profonde colère contre la vie chère et les inégalités. En 2024, le mouvement contre la vie chère en Martinique a de nouveau porté ces revendications sur le devant de la scène. Des négociations ont abouti à un protocole prévoyant des baisses de prix sur certains produits. Mais au-delà des accords et des annonces, une question demeure, que ressentent les familles dans une amélioration espérée de leur vie. Il faut reconnaître les avancées mais les mouvements sociaux, comme les gouvernements et les acteurs économiques, doivent pouvoir rendre compte de résultats durables. Une mobilisation peut naître d’une souffrance réelle et porter des revendications légitimes. Mais tous ses participants ne partagent pas nécessairement les mêmes attentes...
En ce qui concerne le sujet à ne pas confondre, manifestants et casseurs. Selon moi, le droit de manifester, de contester et demander des comptes confirment la démocratie. Mais les destructions, les agressions, tout ça me semble inacceptable alors qu'ils surviennent lors de mobilisations légitimes. Et pourtant je ne suis pas un défenseur systématique de "force de l'ordre", mais ces policiers, ces gendarmes et ces pompiers sont des femmes et des hommes qui peuvent être blessés, traumatisés aussi et cependant exposés à des risques face à des adolescents qui ressemblent sans doute eà leurs propres enfants. Protéger les personnes, garantir le droit de manifester et faire respecter la loi doivent aller de pair.
Aujourd'hui Retraités, Étudiants, Travailleurs, Gilets Jaunes se retrouvent sur la même ligne.Retraités, Salariés, Chauffeurs de taxi, Familles alors que les situations diffèrent, mais certains besoins se rejoignent. Vivre dignement de son travail ou de sa retraite, se loger, accéder aux soins, éduquer ses enfants et être entendu. Peut-on alors construire des convergences sans demander à chacun d’abandonner son histoire et son autonomie ? Se rassembler ne signifie pas penser tous la même chose. Cela identifie pourtant des problèmes communs, discuter des désaccords et rechercher des solutions.
Et maintenant, que pourrions-nous transmettre aux enfants lorsque le débat public se réduit à l’affrontement entre privilégiés et défavorisés, entre générations ou entre ceux qui manifestent et ceux qui ne manifestent pas ? Certes les inégalités doivent être dénoncées. Mais les riches sont-is seuls les responsables des déséquilibres sociaux. Un compte bancaire ou une appartenance à un groupe avantagé suffirait-il a être condamné.
Ce n'est pas sans me rappeler l’histoire de l’OJAM, celle de Mai 68, du LKP et les mobilisations contemporaines nous rappellent que les revendications de dignité ne surgissent pas sans raison. Mais l’histoire ne doit servir ni à glorifier automatiquement les mouvements ni à condamner ceux qui viennent après. À 67 ans, je ne crois pas que tout était mieux hier, pas plus que je ne pense que tout ce qui est nouveau soit un progrès. Je crois à la transmission, à la culture, à la mémoire et à la nécessité de garder notre capacité de réflexion. Je crois surtout que les grandes déclarations doivent finir par se traduire dans la vie quotidienne. Au-delà des débats télévisés, au bout des discours, des manifestations, des accords et des promesses, il reste les habitants. Les citoyens qui remplissent leur panier, paient leur loyer, accompagnent leurs enfants et tentent de préserver un peu de sérénité.
La vraie question n’est pas qui a gagné la bataille mais si la vie des gens s’est réellement améliorée.
De nos jours, la Jeunesse dispose-t-elle de davantage de perspectives ? Les familles vivent-elles moins difficilement ? Les territoires sont-ils mieux considérés ? Les engagements deviennent-ils des changements mesurables ? Je n'en suis pas certaine.
Transmettre, ce n’est pas léguer uniquement nos blessures, nos colères ou nos victoires passées. C’est donner aux générations suivantes les moyens de comprendre, de questionner et d’inventer leurs propres réponses.
Je laisse donc cette question ouverte, parce qu’elle nous concerne tous, gouvernants, citoyens, militants, éducateurs, parents et aînés.
Au final, qu'avons-nous changé et qu'est-ce qu'il nous reste à mieux transmettre ?
Photos/dr Web & Migail Montlouis-Félcité
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