Entre l'héritage de son père, l'artiste Henri Guédon, portée par sa soeur Gladys, Laëtitia poursuit quant à elle une histoire où l'art se transmet autant qu'il se réinvente.
Ce 10 septembre au soir, Laëtitia Guédon, comme à son habitude aux Plateaux Sauvages, n’était pas craintive. Elle était formidable.
Pleine d’humour, malicieuse, généreuse, elle nous a raconté ses dix années de direction avant de nous ouvrir grand les portes de la nouvelle vague, de cette déferlante artistique qui composera la saison 2026-2027. Entourée de son directeur adjoint Jean-Baptiste Moreno et de toute son équipe enthousiaste, elle a fait sensation.
Et puis, aux Plateaux Sauvages, on ne présente décidément pas une saison comme ailleurs. Tout était entrecoupé de musique, du lyrique, de la chanson, des surprises… jusqu’à Tourner les serviettes de Patrick Sébastien, revisité façon opéra ! Oui, vous avez bien lu. Du grand lyrique à Patrick Sébastien, il n’y avait qu’un pas. Et ce soir-là, Laëtitia l’a franchi avec un plaisir communicatif. Entre deux éclats musicaux surgissaient les moments "Tomboli, Tombolo, Tombola", où certains spectateurs repartaient avec des gadgets, des places pour des ateliers ou des spectacles, voire des livres.
Tout était fait pour surprendre, faire rire et surtout enchanter le public. Et le public avait répondu présent : la soirée était complète.
Mais les Plateaux Sauvages, ce n’est pas seulement du théâtre que l’on viendrait regarder avec une certaine distance intellectuelle. C’est d’abord une rencontre.
Une rencontre avec les habitants du 20e arrondissement, ces « sociétaires de proximité », avec les familles, les enfants, les établissements scolaires, les administrations, les partenaires, les artistes et tous ceux qui, saison après saison, ont fini par faire de ce lieu un peu le leur.
Ce soir, aux Plateaux Sauvages, c’était l’effervescence. Et moi, en la regardant, je ne pouvais m’empêcher de penser à la jeune fille que j’ai connue.
Je l’ai vue un peu grandir, avec sa sœur Gladys. À cette époque, je dansais avec leur père, ce grand musicien et artiste, lui aussi profondément habité par l’humour et la scène. Chez les Guédon, l’art n’était donc pas seulement une profession. C’était sans doute aussi une langue familiale.
Laëtitia et Gladys sont des enfants de la balle. Elles ont grandi dans cet univers où la musique, la scène, les mots, le jeu et l’humour circulaient naturellement.
Et lorsque je regarde aujourd’hui le chemin parcouru par Laëtitia, je me dis que certaines appétences ne doivent rien au hasard.
Cette gourmandise pour les mots. Cette passion de l’écriture. Cette nécessité du théâtre. Cette façon aussi de mettre les autres en lumière.
Dix années à la direction des Plateaux Sauvages. Dix ans durant lesquelles Laëtitia a transformé ce lieu en réserve d’alchimie plurielle. Une décennie à prendre des paris, à ouvrir les portes, à faire du 20e arrondissement une terre théâtrale incontournable. Et elle les a réussis, ses paris.
Faire des Plateaux Sauvages une scène devenue incontournable dans le paysage culturel parisien. Créer du lien. Faire se rencontrer les artistes et les habitants.
Donner leur place aux familles, aux enfants, aux scolaires. Et surtout, ne jamais perdre cette chose essentielle : le plaisir.
Alors ce soir, derrière la femme de théâtre pleine d’humour qui nous présentait sa prochaine saison, j’ai aussi regardé cette petite fille devenue femme, cette enfant de la balle devenue passeuse de théâtre. Et forcément, l’émotion n’est pas tout à fait la même lorsque l’on sait d’où elle vient. Il lui reste encore quelques mois à diriger ce lieu auquel elle a tant donné.
Puis elle prendra la route de Lyon pour une nouvelle aventure au Théâtre National Populaire, en binôme avec Thomas Jolly .
Une autre ville. Une autre scène. Un autre chapitre.
Mais je suis certaine d’une chose : elle emportera avec elle cette énergie, cette gourmandise et cette capacité à transformer un lieu en espace de possibles.
Laêtitia Guédon assurément, tou boneman est devenue une grande personne !
Photos - Migail Montlouis-Félicité
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