Et si le salut avait un territoire ?

Voyage au coeur de Guyane, Terre de Salut. Voilà ce que m'a inspiré l'ouvrage de la journaliste Guyanaise Clotilde Séraphine George - Guyane, Terre de Salut.

Le titre du livre de Clotilde Séraphin-George résonnait déjà particulièrement en moi avant même que je l’ouvre. Je connais Clotilde depuis peu. Nous avons pourtant un drôle de point commun, le même éditeur, des livres parus presque au même moment, et deux personnalités que tout pourrait opposer. Elle, Guyanaise plutot silencieuse, avec ce regard tourné vers demain. Moi, plus bavarde, peut-être davantage enracinée dans mes histoires, mes mémoires, mes héritages.

Et pourtant… Je retrouvais chez elle quelque chose qui m’était familier. Cette manière de regarder, de questionner, de chercher derrière les apparences. Cette nécessité, peut-être très journalistique, de ne pas seulement raconter ce que l’on voit, mais de comprendre ce qui se joue derrière les êtres, les territoires et les histoires. Puis j’ai lu son livre. Et là, quelque chose s’est déplacé.

Dans Guyane, Terre de Salut, Clotilde conte la quête d’une femme meurtrie, à la recherche de sa liberté. Entre émotions, créations nouvelles et souvenirs tortueux, elle remonte peu à peu le fil de sa vie, jusqu’à cette histoire plus lointaine : celle d’une mère inconnue, amoureuse d’un soldat de passage. Paris sera l’écrin de leur amour. L’ Amérique, un temps, une terre promise. Puis la Guyane. Une terre remplie d’oxygène, qui ouvre les horizons et semble capable, peu à peu, de faire disparaître les blessures.

Clotilde écrit comme on dessine. Par petites esquisses, presque provisoires, quelques traits déposés ici et là, qui finissent par devenir une véritable encre de Chine. Elle ne donne pas tout immédiatement. Elle laisse des estompes, des silences, des zones de mystère. Elle nous fait avancer sur son canevas jusqu’à ce que, doucement, le dessin apparaisse.

Et soudain, le constat est flagrant, elle vous a fait chavirer. Surfant presque  sur des montagnes russes. On pénètre dans la forêt amazonienne sans savoir si l’on en sortira indemne. On avance avec elle, dans ses souvenirs, ses peurs, ses blessures, ses renaissances.

J’ai eu des suées. Des craintes. Des sourires. De l’émotion vive me ramenant à quelques amours défunts. Et parfois cette sensation d’être moi-même embarquée dans cette forêt, à chercher le chemin.

Nous n’avons pas le même parcours. Nous ne racontons pas les mêmes histoires. 

Nous n’avons certainement pas la même façon de regarder le monde.

Mais je crois aujourd’hui encore davantage que nous partageons quelque chose. Un ADN de journaliste.

Cette même nécessité d’observer, d’écouter, de fouiller derrière les apparences, de transmettre ce que les êtres et les territoires nous confient.

Chez moi, la mémoire revient souvent par les racines.

Chez Clotilde, j’avais pressenti cette capacité à regarder vers demain. À présent que j’ai refermé son livre, je comprends peut-être mieux d’où vient cette lumière, elle a dû traverser les ombres pour pouvoir regarder si loin.

Deux femmes. Deux territoires. Deux écritures. Deux sensibilités.

Et cette étrange sensation d’être, quelque part, un peu connectées.

Alors aujourd’hui, je ne veux pas seulement saluer un livre. Je veux saluer la femme qui est derrière ces pages. 

Clotilde Séraphin George, ta réserve n’empêche pas ta voix de porter loin.

Et peut-être que Guyane, Terre de Salut nous murmure quelque chose d’essentiel. Pour retrouver sa liberté, il faut parfois accepter de retourner en un lieu passé ou oser aller dans les endroits où l’on croit pouvoir panser ses blessures.

Je suis heureuse que nos chemins de livres se soient croisés.

Et maintenant que j’ai lu le tien, je suis surtout heureuse d’avoir eu raison de sentir, avant même de le lire, qu’il y avait quelque chose à découvrir derrière ton silence.

Merci à Mathias Aubry-Rakowsky notre éditeur des Editions Mahury de nous avoir reliées entre pages et dans ce Paname qui nous révèle. Son regard si bien nourri sur les identités multiples sait reconnaitre des femmes et hommes de transmission.

Mèsi la Vi.

Photos Clotilde - (1)MSN Agency & (2/3)Guyane la 1ere

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